Quelle Méthode d’Entraînement Choisir ? 

Quelle Méthode Choisir ?

Quelle est la différence majeure entre les méthodes d’entraînement appelées « traditionnelles » et les méthodes dites « positives » ?
  On peut fréquemment entendre des débats, souvent très émotifs et passionnés, sur quelle méthode d’entraînement est la meilleure et pourquoi. Alors pour ceux qui essaient de comprendre sincèrement les différences entre les deux, voilà un petit résumé simplifié:

  Tout d’abord, ce n’est pas comme aller à gauche ou aller à droite : ce n’est pas comme un choix entre un ou l’autre, c’est une question d’évolution. Une évolution se produit dans un sens et jamais dans l’autre (sinon elle se transforme en régression). Plusieurs professionnels ont débuté avec la méthode ‘traditionnelle’ et pratiquent aujourd’hui la méthode ‘positive’. On ne voit pas de gens maîtriser les techniques positives pour quelques années plus tard converger vers les méthodes ‘traditionnelles’ : le changement, complet ou partiel, se fait seulement dans un sens.

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  L’entraînement ‘classique’, ‘traditionnel’ a débuté durant la deuxième guerre mondiale avec les nazis qui entraînent leurs chiens d’armée. Avec, évidemment, les mêmes idéologies….

Pour ceux qui connaissent moins cette partie de l’histoire, voilà de quoi vous donner une petite idée :

“The very first essential for success is a perpetually constant and regular employment of violence.” (Le tout premier essentiel du succès est la perpétuelle, constante et régulière utilisation de la violence.)

― Adolf Hitler

“Humanitarianism is the expression of stupidity and cowardice.” (‘actions ou pensées’ humanitaires sont l’expression de la stupidité et de la lâcheté. )

― Adolf Hitler

“Life doesn’t forgive weakness” ( La vie ne pardonne pas la faiblesse)

― Adolf Hitler, Hitler’s Letters and Notes

 

Après la deuxième guerre mondiale terminée, plusieurs militaires essayaient de se trouver une occupation. Aux États-Unis, certains ont eu l’idée de débuter des cours « d’obéissance » pour les chiens. C’est pourquoi lorsqu’on regarde des compétitions d’obéissance les gens doivent se tenir droit, dire leurs commandes sèchement et le chien doit s’exécuter au doigt et à l’œil comme un soldat bien formé : tout ça vient de l’armée. Le chien marche ‘au pied’ à gauche car à droite on portait le fusil (dans la situation d’aujourd’hui, pour un chien de société, la décision peut être basée sur les préférences de chacun, le propriétaire étant droitier ou gaucher par exemple). Les techniques étaient selon la source de l’inspiration des rangs nazis : tel un esclave ou soldat, aucune considération pour le bien-être de l’individu : on demande une obéissance sans faille et tout écart est puni. Ensuite, il y en a qui ont mélangé un tas de mythes de dominance, de loups alpha et bien d’autres concepts qui n’ont aucune existence réelle pour expliquer ou excuser des comportements violents. Les études sur les loups démontrent que le loup ‘alpha’ est loin de passer son temps à intimider ses compagnons, qu’il ne mange pas nécessairement en premier et d’autres idées rigides qui sont encore véhiculées de nos jours. Les conflits chez des animaux vivant en groupe sont rares, il en va de la survie et santé de l’espèce. On a également trouvé que le chien ne provient pas du loup mais a évolué comme une espèce en parallèle à partir d’un ancêtre loup, il y a beaucoup plus longtemps que l’on pensait précédemment. Ce n’est pas pour rien que tant d’expériences visant à ‘socialiser’ et ‘domestiquer’ des louveteaux n’ont jamais donné les résultats approchant la domestication du chien : ce n’est pas la même espèce.
Pourtant, encore aujourd’hui, plusieurs font fi des faits scientifiques afin de défendre des idéologies qui sont dépassées de nos jours.

Aujourd’hui, on connaît grâce à la science du comportement et même de la neuroscience beaucoup plus sur le fonctionnement du cerveau, comment un chien (ou autre espèce) apprend, les traumatismes que la violence physique ou l’intimidation psychologique entraîne. On arrive à entraîner plus rapidement, plus solidement et surtout plus éthiquement des chiens ou autres organismes sans recourir à l’intimidation ou la violence.

C’est un peu comme dans le passé, lorsqu’il était normal de frapper les enfants au nom de l’éducation. Aujourd’hui, notre société connaît les dommages psychologiques que cela cause et on sait que cela n’aide pas l’apprentissage, bien au contraire. On apprend d’autres techniques. La situation est très semblable avec l’éducation du chien.

On ne trouve plus d’écoles où le professeur frappe ses élèves à coups de règle lorsqu’ils font des erreurs car cette pratique n’est plus légale au Canada. Malheureusement, le chien n’est pas protégé comme un être vivant par la loi (encore!), malgré que la science découvre chaque année comment il ressent, souffre et fonctionne comme nous. Il est encore légal de frapper ou intimider un animal, surtout au nom de « l’éducation ». Donc, les professionnels qui se tiennent à jour et qui travaillent dans le domaine depuis longtemps sont rendus « crossover »: ils ont utilisé les vieilles méthodes il y a trente ans et depuis, ont évolué vers le « positif ». Des entraîneurs plus jeunes ont souvent eu la chance de débuter en positif tout de suite et n’ont pas sur la conscience des tas de chiens anxieux et stressés. À cause du manque de lois, il est encore légal de frapper ou intimider un animal : il existe donc des gens qui continuent d’utiliser les vieilles méthodes et pire, l’enseignent à des novices en argumentant que c’est un ‘choix’ de méthodes et non une évolution.

Si on simplifie, il y a vraiment juste deux moyens pour faire faire à quelqu’un (chien, humain ou autre) quelque chose qu’il n’avait pas dans l’idée de faire au départ :

– soit on le menace de ce qui va lui arriver s’il ne fait pas x

– soit on le motive en rendant positives les conséquences s’il fait x

 

Donc, les adeptes des méthodes « traditionnelles » préfèrent continuer de faire mal et/ou peur aux chiens car :

– soit ils n’ont pas encore appris des meilleures techniques (90% du temps)

– soit ils n’ont pas envie de changer ce qu’ils faisaient déjà (peur du changement, paresse)

– soit, une minorité heureusement, ils « aiment » se défouler sur un être dépendant, recherchent un trip d’ego ou de pouvoir en intimidant un chien. Ce n’est pas pour rien que les psychologues sont d’accord que des gens violents avec les animaux constituent souvent des dangers potentiels pour leur conjoints, enfants et autres êtres vivants dépendants d’eux : l’intimidation et le manque de respect est rarement isolé à un chien…

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Pour donner un exemple concret : disons qu’on a un chien qui, à chaque fois qu’il croise des chiens lors des promenades, réagit fortement en tirant sur la laisse, aboyant et grognant. Évidemment, c’est un comportement problématique et on veut que cela cesse. Voyons comment chaque méthode va tenter de résoudre le problème :

– méthode « traditionnelle » : il y a des fortes chances qu’on utilise un collier étrangleur ou à crampons. On attend que le chien commence à réagir et on lui donne un coup sur la laisse. Les professionnels qui utilisent cette méthode vont parler de l’importance du « timing » afin de s’assurer de « corriger » au bon moment, dès le tout début du comportement indésirable. Si cela ne fonctionne pas, l’intensité des « corrections » (coups sur le collier) augmente. Il y a des variantes : des coups de pieds dans les flancs, colliers électriques ou autres moyens créatifs de causer peur ou douleur. Le professionnel pourrait plutôt expliquer que c’est pour « saisir » l’animal car évidemment, la très grande majorité de propriétaires ne sont pas prêts à juste frapper leur chien.
Lorsque cela semble fonctionner, on observe un chien qui maintenant croise un autre chien sans la grosse réaction indésirable. On peut observer beaucoup de tension de la part de l’humain qui tient la laisse et se tient prêt à punir le chien si celui-ci régresse. On observe une mine basse chez le chien, une posture d’évitement et d’inhibition. Ce qui est simplement arrivé est que le chien qui, au départ avait peur de l’approche de l’autre chien a, maintenant, encore bien plus peur de recevoir un coup sur le collier. Les problèmes peuvent être :

– s’il n’est pas en laisse et ne peut recevoir de correction ou si quelqu’un qui ne semble pas menaçant au chien tient la laisse, le chien risque de redevenir agressif face à l’autre chien.

– souvent, le problème revient ou même empire car maintenant le chien aime encore moins qu’avant rencontrer des chiens. On voit des chiens qui réagissaient seulement aux chiens et après ce genre de ‘réhabilitation’ commencent à réagir également aux passants ou aux voitures. Le chien n’a jamais compris que l’expression de sa peur (comportements indésirables de grogner, tirer, japper) est punie. Il a associé l’approche d’un chien a de la douleur et anticipe la douleur, craint de croiser des passants qu’il ne craignait pas auparavant… la situation est pire et non mieux de son point de vue.

– le chien peut tenter d’éviter la correction et inhiber l’expression de ses émotions  mais peut également devenir assez dépassé qu’il peut mordre la personne qui tient la laisse ou souffrir d’une crise d’épilepsie, cardiaque ou autre à long terme comme des problèmes digestifs ou de peau, comme chez une personne qui aurait des problèmes de santé et qui vit un grand stress.

Ce chien a toujours peur des autres chiens qui approchent. Il a peut-être apprit à ne pas le dire trop fort. On appelle cela enlever les piles d’un avertisseur de fumée.

– méthode « positive » : la cause du problème est adressée. On comprend que le chien a peur ou est mal à l’aise lors de l’approche de l’autre chien. On utilise la gestion (éviter de croiser des chiens) et on débute des exercices qui vont apprendre au chien quoi faire lorsqu’il voit un autre chien (s’asseoir, nous regarder…). Ensuite, on fait des exercices pour changer la perception du chien de l’approche de l’autre chien. Les détails des protocoles varient mais on associe par exemple des morceaux de poulet à l’approche de l’autre chien. Le programme prend un peu plus de temps que trois-quatre coups sur le collier mais donne des excellents résultats à long terme : le chien aime maintenant croiser d’autres chiens car il n’a plus peur et sait que lorsqu’un chien apparaît il peut s’asseoir ou regarder son humain et il sera récompensé. Parce qu’il se sent bien à l’approche de l’autre chien, il ne ressent plus le besoin de tirer, japper et grogner. Le comportement problématique a été solutionné à la source du problème sans entrer en conflit avec le chien. Les effets secondaires possibles sont un chien qui aime répondre aux demandes de son humain, qui devient agréable à côtoyer et promener, un chien dont des problèmes de santé s’améliorent car son stress (peur des autres chiens) a été réduit.

 

Étant donné la grande efficacité et le plaisir pour les deux côtés de la laisse (d’entraîner et d’être entraîné), une fois informés, les gens choisissent les méthodes plus efficaces à long terme et agréables. La majorité des propriétaires préfèrent vivre avec un chien heureux, épanoui qui est heureux de collaborer avec ses humains plutôt qu’avec un esclave inhibé souffrant d’impuissance acquise (le chien ‘cassé’), ce qui n’est pas très étonnant.

 

Au Québec d’aujourd’hui, énormément de gens ont commencé à s’intéresser aux méthodes positives mais n’ont pas encore apprit suffisamment pour bien les comprendre les appliquer. On rencontre couramment des entraîneurs qui se disent « équilibrés »  (« balanced training ») : ils se disent équilibrés car ne comprennent pas ou ne possèdent simplement pas l’information complète et croient que c’est une question de choix et non d’évolution. Ces personnes vont souvent utiliser les techniques « positives » afin d’apprendre des tours de fantaisie ou autres trucs mais utilisent encore la punition, la force ou l’intimidation pour tenter de régler des comportements problématiques. La majorité d’entre eux n’a simplement pas encore assez de connaissances et techniques pour être en mesure d’efficacement modifier des comportements indésirables, en utilisant le renforcement positif, la gestion, le contre-conditionnement et d’autres outils à jour, basées sur les connaissances actuelles. Plusieurs ne savent juste pas (encore !) comment réhabiliter un chien à problèmes sans recourir aux techniques « traditionnelles ». Parfois, il leur manque des informations à jour et des vieux mythes et peurs (par exemple la peur de perdre le contrôle) viennent teinter leur travail.
Les professionnels qui maîtrisent la méthode « positive » réhabilitent des cas lourds de chiens agressifs, réactifs, nerveux, anxieux, avec efficacité et sans utiliser la confrontation, l’intimidation ou la force. La compréhension de la science du comportement leur permet de réussir tout en demeurant respectueux, agréables et éthiques pour l’animal.

Il y a également tout plein de professionnels en processus d’apprendre et de se mettre à jour. Cela peut faire vingt ans qu’ils entraînent des chiens mais sont encore novices dans l’utilisation des méthodes « positives ». Ces gens courageux désirant s’améliorer et évoluer donnent souvent une fausse impression de l’inefficacité des méthodes. Comme tout domaine, la technique ou méthode ne devrait pas être jugé sur le succès de son utilisation par des novices. Si un dentiste a raté son plombage qu’il faudra refaire, cela ne veut pas dire que faire des plombages ne fonctionne pas….

On peut de plus en plus souvent entendre « j’ai essayé les bonbons mais cela n’a pas fonctionné ». Comment exactement la nourriture a-t-elle été utilisée ? Il y a tellement de possibilités de protocoles utilisant la nourriture qu’il faut se pencher sur le ‘comment’ en détail. Il y a beaucoup d’éléments à prendre en considération lorsqu’on établit un protocole de réhabilitation. Il est normal qu’une personne se disant éducateur n’arrive pas à être très efficace si elle n’a pas passé plusieurs heures, voir des jours et semaines à se former à ce sujet précisément. Donner des bonbons paraît simple mais les quand, pourquoi et comment sont les éléments qui peuvent faire toute la différence entre un protocole inefficace et une réelle réhabilitation. En plus de prendre en considération la communication du chien, sa santé, sa perception, la gestion de l’environnement, l’historique des associations…
Vous verrez les professionnels solidement formés et à jour poursuivre leur formation continue à vie. Si votre éducateur canin croit avoir tout appris demeurez vigilants. La profession d’intervenant en éducation et comportement canin n’est pas légiférée ni reconnue mais ceux qui la pratiquent de manière réellement professionnelle le font avec la conscience que le domaine est complexe et continue d’évoluer, tout comme la psychologie humaine ou la médicine. C’est la raison pourquoi les membres du RQIEC
(Regroupement Québécois des Intervenants en Éducation Canine) sont tenus de passer des examens et continuer à suivre de la formation continue tout au long de leur carrière. La raison première de la création du RQIEC fut de faciliter au public l’accès à des professionnels sérieux, à jour, éthiques et sécuritaires dans ce domaine sans réglementations.

Il est encore assez rare au Québec de rencontrer un professionnel qui maîtrise suffisamment les méthodes « positives » pour que l’on puisse être témoin de la grande efficacité de cette approche lors des cas complexes. Par contre, leur nombre grandit chaque année… mon admiration à tous ceux qui ont choisi le chemin peu facile de se perfectionner, apprendre, redevenir novice, surtout s’ils étaient déjà établis utilisant des méthodes anciennes. Le changement et l’évolution ne sont ni faciles, ni instantanés mais valent grandement l’effort.

Bonne continuité à cette belle évolution au Québec canin 🙂 !

Zuzanna(Zuzia) Kubica , Coeurcanin.com

 

 

 

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